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Élément végétal et nourricier faisant partie intégrante des règles sociales mélanésiennes, la culture de l’igname rythme la vie des clans de chaque tribu. Cultivée secrètement et jalousement pour la cérémonie des prémices, sa sortie de terre marque le début de la nouvelle année coutumière.

Le calendrier traditionnel s’aligne d’ailleurs sur sa culture et la population vit au rythme de sa mise en terre, de sa croissance et de sa récolte. Symbole de la vie, considérée comme un être humain, elle représente le sexe masculin dans la croyance kanak. Chaque famille procède à sa culture sur deux champs distincts. Les récoltes du premier sont réservées à la coutume, et celles du deuxième remplissent un rôle de garde-manger pour le clan.

Entre janvier et février, selon les régions, les femmes préparent les nouveaux plans d’ignames destinés à être plantés sur le champ coutumier. Pendant trois mois ces ignames mères sont stockées dans un grenier spécial. Souvent l’un des membre du clan passera toutes ses nuits à les surveiller, comme des objets précieux afin qu’aucun homme ne vienne les lui voler. Les terres laissées au repos, attendent le mois de mai, où commence l’étape de la préparation des champs, sur lesquels il est interdit de faire de la fumée et que l’on doit débroussailler à la main.

En juin, la primauté de la mise en terre dans le champ sacré reste le privilège du chef. Tout de suite après vient l’étape de la fermeture du panier, déclarée par le chef et qui signifie l’autorisation donnée aux clans de commencer à planter.

Les femmes sortent et préparent alors les plans pour les hommes. Elles mettent les ignames mères dans des paniers que les hommes emporteront pour les mettre en terre secrètement, à l’abri des regards indiscrets. La tête du tubercule, d’où sortira la tige, s’oriente vers le soleil levant, générateur de vie.

Un lieu tabou

Autour du champ se dresse une barrière végétale, une protection symbolique. Une fois que le terrain est planté, il devient tabou. Et certains vont jusqu’à dresser des palissades en feuilles de cocotiers pour que personne ne puisse regarder, car de mauvais yeux pourraient jeter un sort sur les ignames. Une fois la mise en terre effectuée, le champs lui-même a un sens et une orientation. Sa tête se trouve en direction de la montagne et ses pieds vers la mer.

Les premières ignames chefs qui se situent à la tête seront sorties de terre les premières. Au pied du champ, on plante un arbre symbolique (bois de fer, bois tabou ou gayac). Et sur ses branches, des morceaux de tissus sont accrochés. Au pied de l’arbre se dresse un petit muret d’une vingtaine de centimètres de haut, à l’intérieur duquel sont déposées des pierres sacrées du soleil et de la pluie recouvertes de terre. Cet arbre tabou, entouré de plantes sacrées, comme la cordyline et le coléus rouge, protège le champ.

Jusqu’au mois de novembre, tous les jours, les hommes du clan apportent un soin particulier à cet endroit sacré. Il doit rester propre, l’eau doit s’écouler régulièrement et aucune mauvaise herbe ne peut y être tolérée.

Les prémices

Puis vient le moment où « on lâche l’igname », ce qui signifie que personne ne s’en occupe plus. Elle continue de grandir seule, et aucun homme ne se rend plus sur le champ.

Entre janvier et février, le détenteur du panier, celui qui possède les secrets de l’igname au sein de la tribu, sort la première igname de terre et il annonce que la semaine suivante aura lieu la cérémonie des prémices qui durera deux jours. Lors de cette réunion, chaque clan amène une ou plusieurs ignames en suivant ses propres chemins coutumiers.

Toutes rassemblées, elles font l’objet de multiples prédictions qui donneront les grandes tendances économiques, politiques et météorologiques de l’année à venir. Puis le détenteur du savoir des ignames les fait cuire toutes ensembles, dans une grande marmite. En même temps que ces tubercules sacrés, les clans offrent des gibiers et des poissons qui détermineront la qualité de la saison de chasse et de pêche. Une fois la cuisson terminée, l’igname qui ne doit jamais être tranchée avec une lame sera brisée à la main ou à la fourchette en petits morceaux.

Avant de les manger, les chefs introduisent à l’intérieur des herbes magiques qui protègent leur clan pour l’année, et leur donne longévité, richesse et spiritualité. Le panier sacré est alors déclaré ouvert. Et un grand marché entre les régions peut alors commencer. Puis le cycle du calendrier traditionnel reprend son cours, rythmé par la vie de l’igname…

Une cérémonie d’échange

Au moment de la cérémonie des prémices d’igname, les clans se réunissent pour montrer leurs valeurs culturelles et symboliques. Les chefferies de tribu se rencontrent pour partager leurs savoirs et leurs techniques sur la vie de l’igname.

En même temps que cet échange de savoir, une coutume a lieu où les clans échangent des tissus et des monnaies traditionnelles. A travers celle-ci, on renoue les alliances familiales et économiques. Les hommes échangent les produits de la terre, de la mer et de la chasse, qui restent étroitement liés à la vie de l’igname.

Le clan détenteur de la magie procède aux rituels de la prédiction et de la cuisson des premières ignames, apportées par les différents clans. En voyant la taille et la qualité de chacune, il annoncera le calendrier événementiel de toute l’année.